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Et si vous n'étiez pas hypersensible ?

  • il y a 6 jours
  • 7 min de lecture

Quand un mot devient une identité


Il y a des mots qui arrivent dans une vie comme un soulagement. Ils mettent enfin un nom sur un vécu que l'on croyait impossible à expliquer. Ils apaisent la solitude, donnent le sentiment d'appartenir à une famille, permettent de comprendre que l'on n'est ni étrange, ni excessif, ni défaillant.


Le mot hypersensible fait souvent partie de ceux-là.


Je ne compte plus le nombre de personnes qui, en début de séance, me disent avec une forme de soulagement : « Je suis hypersensible. » Derrière cette phrase, il y a souvent des années d'incompréhension. Des émotions jugées trop fortes, un besoin de solitude difficile à justifier, une fatigue que l'entourage ne comprend pas toujours, cette impression de percevoir ce que les autres semblent ignorer.


Trouver ce mot est parfois une étape essentielle. Il permet de cesser de se croire "trop" ou "pas assez". Il offre un premier regard bienveillant sur soi. Mais, au fil des années, une autre compréhension est apparue. Et si ce mot, qui avait d'abord permis de mieux se comprendre, finissait parfois par enfermer ?


Car il existe une différence subtile entre dire je ressens les choses avec intensité et dire je suis hypersensible. La première phrase décrit une expérience. La seconde raconte une identité. Et lorsqu'un fonctionnement devient une identité, nous cessons souvent de nous demander comment il s'est construit. Nous apprenons à vivre avec lui. Nous aménageons notre existence autour de cette idée. Nous finissons parfois par croire que rien ne pourra jamais changer.


Pourtant, le corps ne parle pas en termes d'identité. Il parle en termes d'adaptation.


Le retour à soi

Ce que le corps apprend en silence


Le corps possède une mémoire étonnante. Il ne retient pas seulement les événements. Il enregistre des sensations, des rythmes, des atmosphères. Il mémorise ce qui apaise autant que ce qui inquiète.


Un enfant ne naît pas en se demandant si le monde est un endroit sûr. Il le découvre peu à peu.

Chaque regard, chaque silence, chaque éclat de voix, chaque manière d'être accueilli façonne son système nerveux.


Lorsque l'environnement est suffisamment sécurisant, le corps apprend qu'il peut se détendre. Il découvre qu'il n'est pas nécessaire d'être constamment sur ses gardes.


Mais il arrive que cette sécurité fasse défaut.


Il ne s'agit pas toujours de traumatismes spectaculaires. Parfois, ce sont des expériences beaucoup plus discrètes : un climat familial imprévisible, des émotions qu'il faut deviner plutôt qu'elles ne soient exprimées, un parent fragile dont il faut anticiper les réactions, le sentiment qu'il vaut mieux être sage, parfait ou invisible pour préserver le lien.


Alors, sans que personne ne le lui enseigne, l'enfant développe une compétence remarquable : il observe, il anticipe, il ressent, il apprend à lire ce qui ne se dit pas. Cette capacité lui est précieuse. Elle lui permet de s'adapter au monde dans lequel il grandit.


Le corps ne cherche pas à devenir hypersensible. Il cherche à rester en sécurité.


Quand survivre devient une manière d'être


Avec le temps, cette vigilance finit par devenir automatique. Le système nerveux continue d'observer, de comparer, d'anticiper, même lorsque les circonstances ont changé. Il perçoit les moindres variations d'un ton de voix. Il remarque un regard qui se détourne. Il sent les tensions avant qu'elles n'éclatent. Il capte les émotions des autres avec une intensité parfois déroutante.


De l'extérieur, tout cela ressemble à de l'hypersensibilité.


Et il est tout à fait possible qu'une sensibilité particulière fasse partie de votre tempérament. Les recherches sur la haute sensibilité montrent d'ailleurs que certaines personnes traitent naturellement les informations sensorielles et émotionnelles avec plus de profondeur que d'autres.


Mais, dans ma pratique, je constate aussi qu'une part de ce que l'on appelle hypersensibilité est parfois alimentée par un système nerveux qui n'a jamais vraiment quitté son état d'alerte. Comme si le corps continuait à vivre dans un monde qui exige de rester vigilant. Comme s'il répétait, sans le savoir, une stratégie qui avait autrefois permis de traverser des situations difficiles.


Ce que nous appelons parfois hypersensibilité est alors aussi une intelligence de survie.


La croyance silencieuse


Sous cette vigilance permanente se cache souvent une conviction dont nous n'avons même pas conscience. Non pas une pensée. Une sensation. Quelque chose que le corps murmure en permanence.


Le monde n'est pas complètement sûr.


Bien sûr, le monde n'est pas exempt de dangers. Certaines situations demandent de la vigilance, et cette capacité à percevoir un risque est indispensable. Mais lorsque le système nerveux est resté trop longtemps en état d'alerte, il ne parvient plus toujours à ajuster cette vigilance à la réalité du moment. Il continue à se préparer, comme si le danger pouvait surgir à chaque instant.


Le corps a appris à observer, à comprendre, à prévoir, à éviter les conflits, à sentir les changements avant qu'ils n'arrivent, à rester prêt.


Le plus souvent, cette croyance ne s'exprime jamais avec des mots. Elle s'exprime par un corps qui ne se repose jamais vraiment. Par des tensions. Par un mental qui analyse sans relâche. Par une fatigue profonde malgré le sommeil. Par cette impression de porter le poids des émotions de chacun.


Nous appelons cela hypersensibilité.


Je me demande parfois si nous ne regardons pas seulement la partie visible de l'iceberg.


Retrouver la sécurité


Dans mon accompagnement, je ne cherche jamais à faire disparaître la sensibilité.

Ce n'est pas un défaut à corriger. Bien au contraire. Je n'ai aucune envie d'éteindre cette capacité à percevoir les nuances, à ressentir profondément, à faire preuve d'empathie ou de créativité.


En revanche, je m'intéresse à ce qui maintient le système nerveux dans un état d'alerte permanent. Avec l'AIT, nous explorons les empreintes émotionnelles qui continuent d'alimenter cette vigilance, parfois bien des années après les événements qui les ont fait naître.


Peu à peu, le cerveau comprend qu'il n'a plus besoin de réagir comme si le passé était encore le présent. Le corps retrouve un sentiment de sécurité. Et quelque chose change. Les émotions circulent sans envahir. Les relations deviennent moins épuisantes. Le besoin de tout anticiper s'apaise.


La personne ne perd pas sa sensibilité. Elle cesse simplement d'être gouvernée par la peur.


Le corps se souvient… mais il peut aussi apprendre autrement


Si vous avez lu cet article jusqu'ici, vous l'aurez compris : mon intention n'est pas de nier ce que vous ressentez, ni de remettre en question l'hypersensibilité. Je serais d'ailleurs bien mal placée pour le faire. Comme beaucoup de personnes qui liront ces lignes, j'ai moi aussi grandi avec le sentiment de ressentir le monde différemment. Plus intensément, parfois, mais surtout autrement. Je ne me suis jamais vraiment reconnue dans les étiquettes, pourtant je sais ce que c'est que de chercher un mot pour expliquer ce que l'on vit. Si j'écris aujourd'hui sur ce sujet, ce n'est pas depuis une théorie. C'est aussi depuis ce chemin que je continue moi-même à parcourir.


Mon invitation est simplement de déplacer le regard. Et si une partie de ce que vous appelez aujourd'hui « hypersensibilité » était aussi l'expression d'un système nerveux qui est resté en état d'alerte ?


Car lorsque toute notre énergie est mobilisée pour anticiper, analyser, nous protéger ou éviter de souffrir, il devient difficile d'accéder pleinement à ce que cette sensibilité porte de plus précieux.


C'est précisément ce qui me touche dans l'accompagnement en thérapie AIT. Nous ne cherchons pas à rendre les personnes moins sensibles. Nous cherchons à aider leur système nerveux à retrouver suffisamment de sécurité pour qu'il n'ait plus besoin de consacrer toute son énergie à survivre. Et c'est souvent à ce moment-là qu'un basculement s'opère.


Peu à peu, la peur recule. L'hypervigilance s'apaise. Et ce qui semblait être un fardeau révèle une autre facette. Au fil des accompagnements, je vois des personnes retrouver une confiance qu'elles avaient perdue depuis longtemps. Elles cessent de douter en permanence de leurs ressentis. Elles apprennent à distinguer ce qui leur appartient de ce qui appartient aux autres. Elles découvrent qu'elles possèdent une perception extrêmement fine, non plus tournée vers la peur, mais vers la compréhension.


Beaucoup me disent alors quelque chose de très simple : « Je sens que quelque chose est juste… » ou, au contraire, « Je sens que cela ne sonne pas vrai. » Cette capacité de discernement était souvent là depuis toujours. Mais elle était brouillée par l'état d'alerte permanent. Lorsque le corps retrouve un sentiment de sécurité, cette perception devient plus claire, plus paisible. Elle ne s'appuie plus sur la méfiance, mais sur une forme de justesse intérieure.


C'est là que, pour moi, la sensibilité révèle toute sa puissance. Elle n'est plus une prison. Elle devient une ressource. Elle n'est plus un poids à porter. Elle devient une manière d'habiter le monde avec davantage de lucidité, de présence et de confiance.


Le corps se souvient, c'est vrai.

Mais il possède aussi une capacité extraordinaire : celle d'apprendre autrement.


Et lorsqu'il n'a plus besoin de survivre à chaque instant, il peut enfin mettre sa sensibilité au service de la vie, plutôt qu'au service de la protection.



Si ces mots ont résonné en vous, peut-être aurez-vous envie de poursuivre ce chemin.


Si vous souhaitez approfondir cette réflexion sur la mémoire du corps, les stratégies de protection et le chemin vers soi, je vous invite à découvrir mon livre Le Corps se souvient. Vous y retrouverez, entre autres, le chapitre consacré à l'hypersensibilité, ainsi qu'une exploration plus large de la manière dont notre histoire continue de s'inscrire dans notre corps.


Et si vous vous demandez comment accompagner concrètement un système nerveux qui est resté en état d'alerte, je vous propose également de découvrir le livret consacré à l'AIT. Vous y trouverez les fondements de cette approche thérapeutique et la façon dont elle peut aider le corps à retrouver progressivement un sentiment de sécurité intérieure.


Deux chemins différents, mais une même invitation : mieux comprendre ce que votre corps a appris… et lui permettre, pas à pas, d'apprendre autrement.





Naturopathie en Vendée, couleur naturo

Virginie Bazin

Naturopathe spécialisée dans l'accompagnement des femmes en préménopause et ménopause, en thérapie AIT (Thérapie Intégrative Avancée, pour se libérer des blocages inconscients), et soins vibratoires, en Vendée (cabinet à Mervent) et en visio. Autrice du livre "Le corps se souvient".

 
 
 

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