Mémoires traumatiques ou somatiques : quelle différence ?
- 14 août
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Dernière mise à jour : 17 août
Lorsqu’un médecin explique à une personne que ses douleurs ou certains de ses symptômes peuvent avoir une composante psychosomatique, cette annonce est parfois difficile à entendre. Elle peut être (mal) comprise comme une manière de dire que « tout est dans la tête », que la douleur serait imaginaire ou qu’il n’y aurait finalement « rien ».
Pourtant, cette interprétation repose sur une confusion entre psychologique et imaginaire. Une douleur peut être influencée par le stress, les émotions, les expériences vécues ou le fonctionnement du système nerveux tout en étant parfaitement réelle.
Notre organisme ne fonctionne pas en séparant le corps d’un côté et le psychisme de l’autre. Le cerveau, le système nerveux, les hormones, les émotions et les sensations corporelles communiquent en permanence. C’est dans cette interaction entre le vécu et le fonctionnement de l’organisme que s’inscrit la notion de mémoire somatique.
Mais que recouvre réellement cette expression ? Et surtout, quelle différence peut-on faire entre mémoires traumatiques et somatiques ?

Sommaire :
Mémoire traumatique : quand une expérience laisse une trace
Une expérience traumatique ne s’arrête pas nécessairement au moment où l’événement prend fin. Elle peut laisser des traces dans la mémoire, dans les émotions, dans les perceptions et dans les réactions corporelles.
La mémoire traumatique désigne la manière dont certaines traces d’une expérience vécue comme traumatique peuvent continuer à influencer une personne après que le danger initial a disparu.
Ces traces ne prennent pas toujours la forme d’un souvenir précis que l’on pourrait raconter du début à la fin. Elles peuvent parfois être fragmentaires : une sensation, une image, une émotion, une réaction corporelle ou une impression de danger difficile à expliquer.
Par exemple, une personne ayant vécu une situation particulièrement menaçante peut, des années plus tard, ressentir une montée d’angoisse ou une forte tension corporelle dans une situation qui présente certains éléments rappelant l’expérience initiale, même si elle n’identifie pas immédiatement ce qui vient de déclencher cette réaction.
Le cerveau a en effet la capacité d’associer certains éléments d’une expérience à la menace. Lorsqu’un élément similaire est rencontré plus tard, cette association peut être réactivée et entraîner une réponse automatique de protection.
Mais faut-il nécessairement avoir vécu un traumatisme pour que le cerveau et le corps développent ce type de réponses ?
C’est ici que la notion de mémoire somatique devient particulièrement intéressante.
Mémoires somatiques : quand le corps et le cerveau apprennent
Le terme « mémoire somatique » est plus large et demande davantage de prudence. Il ne correspond pas à une structure anatomique précise dans laquelle seraient « stockés » les souvenirs. Un muscle ne conserve pas, à lui seul, le souvenir d’un événement.
En revanche, notre organisme apprend. Il apprend à reconnaître certaines situations, à anticiper ce qui pourrait arriver et à mettre en place des réponses de protection. Une expérience répétée peut ainsi créer des associations entre un contexte, une sensation et une réponse physiologique.
Prenons un exemple simple : après plusieurs épisodes de douleurs lombaires, une personne peut progressivement associer certains mouvements à la peur de se faire mal. Elle va alors se raidir lorsqu’elle se penche, éviter certains gestes ou rester très attentive aux sensations de son dos. Il n’y a pas nécessairement de traumatisme à l’origine de cette réaction : le système nerveux a appris à associer mouvement et danger.
C’est notamment ce que permettent d’étudier les mécanismes de conditionnement, de mémoire implicite et de plasticité du système nerveux.
Les mémoires somatiques peuvent ainsi être envisagées comme des traces d’apprentissage qui influencent nos réponses corporelles, plutôt que comme des souvenirs littéralement « stockés » dans une partie du corps.
Mémoires traumatiques ou somatiques : deux notions proches, mais pas synonymes
On pourrait schématiser ainsi :
Mémoire traumatique → concerne une expérience traumatique → peut participer au développement d'un TSPT (trouble de stress post-traumatique) → peut se manifester par des souvenirs intrusifs, de l'évitement, de l'hypervigilance ou des réactions physiologiques associées au traumatisme.
Mémoires somatiques → terme plus large → décrit la façon dont des expériences et apprentissages peuvent se manifester dans les réponses corporelles → ne suppose pas nécessairement un traumatisme → ne signifie pas qu'un souvenir est littéralement stocké dans un tissu ou un organe.
Cette distinction est importante.
Parce qu'une tension dans les épaules n'est pas nécessairement la conséquence d'un traumatisme. Un ventre noué ne signifie pas automatiquement qu'un souvenir refoulé cherche à remonter. Et une douleur chronique ne doit pas être systématiquement interprétée comme « une émotion bloquée dans le corps ».
Le corps est beaucoup plus complexe que cela.
Comprendre ce qui se rejoue dans le présent
Si une réaction corporelle n’est pas nécessairement liée à un traumatisme, alors comment comprendre ce qui se joue derrière un blocage, une peur ou une réaction qui se répète ?
Parfois, il ne s’agit pas d’un événement unique, mais d’un schéma qui s’est construit progressivement.
Une personne peut, par exemple, avoir appris très tôt qu’elle devait être irréprochable pour être reconnue ou appréciée. À force d’expériences répétées, cette idée peut devenir une croyance profondément ancrée : « Je ne dois pas faire d’erreur », « Je dois toujours en faire plus » ou « Je ne suis jamais assez bien ».
Des années plus tard, une situation qui ressemble, même de loin, à une situation d’évaluation peut réactiver ce fonctionnement. La personne peut alors ressentir de la tension, de l’anxiété, une forte pression intérieure ou un besoin de contrôler chaque détail, sans forcément faire le lien avec ce qu’elle a vécu auparavant.
Dans d’autres situations, il peut s’agir d’un conditionnement : une expérience répétée a progressivement associé une situation à une réaction de protection. C’est ce que nous avons vu avec l’exemple des douleurs lombaires : après plusieurs épisodes douloureux, certains mouvements peuvent finir par être associés à la peur de se faire mal, même lorsque le danger initial n’est plus présent.
Il peut également s’agir d’une stratégie de protection qui a été utile à un moment donné : éviter le conflit, toujours anticiper, prendre soin des autres avant soi, ne jamais montrer sa vulnérabilité…
Ces mécanismes ne sont pas forcément conscients. Ils ont souvent été construits progressivement, parfois très tôt, et peuvent finir par sembler faire partie de notre personnalité.
C’est pourquoi, lorsqu’une personne rencontre aujourd’hui un blocage qui se répète, il n’est pas toujours nécessaire de rechercher un traumatisme d’origine.
La question peut être différente :
Qu’est-ce qui se rejoue aujourd’hui ? Quelle situation déclenche cette réaction ?Quelle croyance apparaît ?Quelle émotion surgit ?Comment le corps réagit-il ?Et surtout, qu’est-ce que cette réaction cherche encore à protéger ?
Remonter le fil ne consiste donc pas forcément à retrouver un événement précis. Il peut s’agir de comprendre comment une manière de penser, de ressentir ou de réagir s’est construite et pourquoi elle continue à se manifester aujourd’hui.
C’est cette compréhension qui permet ensuite d’envisager un travail sur ces traces.
Comment travailler sur ces traces ?
Comprendre l’origine possible d’une réaction est une première étape. Mais comprendre ne suffit pas toujours à la modifier. On peut parfaitement savoir, avec sa tête, que l’on n’a plus besoin d’avoir peur, que l’on n’a plus à être parfait, que l’on peut poser ses limites ou que telle situation n’est plus dangereuse… et pourtant continuer à réagir de la même manière.
C’est là que l’accompagnement peut prendre tout son sens.
Dans ma pratique, j’utilise notamment la Thérapie Intégrative Avancée (AIT). Cette approche permet d’explorer les réactions qui se manifestent dans le présent et de remonter progressivement vers ce qui peut les avoir construites ou entretenues.
Il peut s’agir d’un événement traumatique, mais pas nécessairement. Parfois, le travail met en évidence un schéma répétitif, une croyance, un conditionnement ou une stratégie de protection qui s’est installée au fil du temps.
L’objectif n’est donc pas de chercher à tout prix « le traumatisme caché » qui expliquerait tout.
Il s’agit plutôt d’identifier ce qui, aujourd’hui, continue à alimenter la réaction et de travailler sur cette empreinte pour permettre au système de ne plus répondre de manière aussi automatique.
Parce que ce que nous avons appris peut aussi évoluer.
Grâce à un travail spécifique sur les centres énergétiques — des zones du corps utilisées comme points d’appui dans l’approche AIT — il est ensuite possible de travailler sur ce qui a été mis en lumière lors des premières séances, afin que le processus ne reste pas uniquement au niveau mental.
Pour résumé simplement
La mémoire traumatique vient d’une expérience vécue comme dangereuse, qui peut laisser dans le corps et le système nerveux une empreinte durable, susceptible de se réactiver dans certaines situations, même lorsque le danger n’est plus présent.
La mémoire somatique peut se construire à partir de toutes sortes d’expériences, y compris d’expériences simples mais répétées, qui peuvent progressivement façonner des croyances et des conditionnements. Avec le temps, ces mécanismes peuvent devenir automatiques et créer des conflits intérieurs lorsqu’ils ne correspondent plus à ce que la personne ressent ou souhaite réellement.
Dans les deux cas, le corps essaie simplement de nous protéger à sa façon.
La bonne nouvelle : ces mémoires peuvent être apaisées ou transformées.
Pour aller plus loin
J’ai préparé un livret gratuit pour vous aider à mieux comprendre ce qui peut se cacher derrière une difficulté que vous rencontrez aujourd’hui — qu’elle soit physique, émotionnelle ou relationnelle — et vous faire découvrir comment la Thérapie Intégrative Avancée (AIT) explore les éventuels blocages à l’origine de cette difficulté, qu’ils soient liés à un traumatisme, à un schéma, une croyance ou un conditionnement.
Cet article a une visée informative et ne remplace pas un diagnostic ou un suivi médical. Une douleur persistante, inhabituelle ou inexpliquée nécessite une évaluation médicale adaptée.

Virginie Bazin
Naturopathe spécialisée dans l'accompagnement des femmes en préménopause et ménopause, en thérapie AIT (Thérapie Intégrative Avancée, pour se libérer des blocages inconscients), et soins vibratoires, en Vendée (cabinet à Mervent) et en visio. Autrice du livre "Le corps se souvient".







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